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EXTRAITS DU "SECRET..."



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CHAPITRE II

 



Chez Kamel, chaque objet était une forme de psychanalyse matérialisée.

 

"Entre nous, Monseigneur Saint Abbé Pierre, aviez-vous à travers votre fondation, imaginé si profond partage ?"  Je ne prendrais pas le risque d'exhorter l'analyste et sa thérapie de base.
Ici, une touche orientale nous attendait.

Sous la charpente du salon, les larges et vieilles poutres faussement délabrées accentuaient le charme. Sans aucun doute Kamel devenait le plus grand fan des oeuvres de Céline.
Ses tableaux s'affichaient sous formes d'impertinentes galeries en attente d'éventuelle critique et de préférence positive si vous voyez ce que je veux dire.
Mais cessons tout jugement hâtif, ses oeuvres avaient toute notre attention, c'était juste une histoire de dosage.

Sous l'escalier menant à une mezzanine, ma kaille (Kamel) avait bricolé une imposante bibliothèque où plusieurs centaines de livres se partageaient l'espace. A ce sujet, peu fier d'avoir lu la majorité de ses bouquins, il aimait rager en dénonçant son pseudo désarroi. Il était question de frustrante et sombre histoire intellectuelle sur la pauvreté de nos écrits.

Afin
d'éclaircir il se disait en état de manque :
"Qui cache  les grands auteurs ? Où sont passées les grandes oeuvres ?...
Ras le bol du loft littéraire !"...

En attendant, Kamel se rassurait en s'imprégnant d'un authentique narghilé or-argent composé de déconcertantes membranes vert amande, un fascinant héritage de son grand-père Kabile où se côtoyaient histoires et affabulations.

Une cuisine dite Américaine, séparait la pièce. 
La Provence et ses parfums maîtrisés rayonnaient sur toutes ses étagères donnant ainsi le ton sur ses préférences culinaires.

Et si cela ne suffisait pas, un généreux pilon en marbre était posé bien en évidence sur le comptoir. Comme si tout était cliché, à partir d'une certaine heure, Kamel évoluait sous une semi obscurité.
A un moment précis, les lampes se voilaient de tissus fleuris. L'encens ne brûlait pas mais était remplacé tout simplement par de la pelure d'orange séchée que l'on consumait à l'occasion. Parmi les tapis, les poufs et autre canapés en tissu américain, trônait contre un mur au bout du comptoir, l'objet de mon admiration.


Kamel était aussi un grand passionné de verdure. Si les marguerites qui garnissaient son balcon l'attiraient, les plantes le fascinaient. En référence à sa pensée, certaines espèces lui donnaient l'inspiration nécessaire  au développement de son moi profond, traduisez ici son "ça maîtrisé" ou autre formule de ce genre.
Devrait-il dès à présent cesser toute culture exotique aux saveurs déroutantes au profit d'un vulgaire et moins risqué bégonia ?
Je n'armerais pas la main qui jette la pierre, surtout lorqu'il s'agit de fleurs, en l'occurence celles qui maquillent son espace, c'est à
dire les marguerites.


Carole m’a parlé de votre conversation avec Sylvain (mon grand fils issu de mon premier mariage). Comme ça il a vraiment voulu savoir ce que tu penses de lui… ?»
Dit-elle presque attendrie.



Instant vérité. A vouloir jouer les mal-aimés, je récoltais le fruit de ma frivolité :
"Comment suis-je avec mon grand ? " Dis-je avec hésitation en fixant mon regard dans celui de Titi. Mon malaise la fit sourire. Juste pour savourer le moment, elle s’alluma une cigarette. Son visage était complètement caché par la fumée, beaucoup trop épaisse pour en déceler le vice de la dépendance. Je pataugeais dans ma réflexion

"Je crois qu’il le sait, accentua Christine, peut-être qu’il veut savoir comment tu es toi…"


Bien sûr, Titi prenait le dessus et je ne pouvais prétendre atteindre sans aucun état, ce schéma.

"Tu es quand même différent..." Continua t-elle. Comment ne pas l'être, pensai-je en observant discrètement le Saint Primitif.
Comment ne pas être maladroit face à mon passé désordonné, face à un enfant qui avait grandi loin de son père et qui vingt ans après sans colère resurgit et impose à juste titre sa présence ?

Son aisance me fit sourire. Espérait-elle une réponse appropriée ?
La silhouette du mannequin m'envahissait. Ce soir-là le "Saint" reflétait l'image d'un Dieu implacable. J'imaginais son foutu privilège.
En s'immisçant à loisir tel un éternel messager incognito, Dieu ne ressemblait-il pas à un genre de corbeau du village Terre ?
Sous ses traits de saint esprit, je voyais aisément son message inquisitoire très critique.

"Récolte ce que tu sèmes...Lève-toi et regarde comme ton enfant a grandi..."

Avant de rajouter son non moins succulent jugement : "Arrête ce lifting ostentatoire entretenu  par vingt années d'absence. Cesse donc de croire que ta pseudo innocence supporte les leurres... Ce message ne souffrait d'aucune ambiguité.
En clair : "Responsabilise-toi, on ne divorce pas d'un enfant, ainsi soit-il !"







Ces extraits sont protégés pas le copyright. Toute copie est interdite.





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